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La grêle sur olivier

Le climat méditerranéen se caractérise par une irrégularité spatio-temporelle de la pluviométrie exacerbée par le changement climatique. Dans ce contexte, les orages peuvent donner lieu à de forts cumuls de pluie en peu de temps, de fortes rafales de vent et de grêle, qualifiée d’aléa climatique. Autrefois ponctuels, ces phénomènes imprévisibles peuvent causer en quelques minutes seulement, des dégâts impactant directement la production future.

La grêle sur olivier
Dégâts de grêle sur fruits (juillet 2026) © Maxime Laurent

Symptômes et dommages de la grêle

Les dégâts causés par la grêle sont variables et l’intensité d’une averse dépend de plusieurs paramètres :

  • le diamètre des grêlons et leur masse qui détermine la vitesse de la chute
  • la durée de l’averse
  • le stade phénologique de la culture :  une averse de faible intensité peut avoir des conséquences importantes pour des cultures proches de la récolte
  • la présence de vent lors de l’averse peut également être un facteur aggravant, en précipitant les grêlons avec un angle plus ou moins important par rapport à la verticale et augmentant ainsi la surface végétative potentiellement touchée par la grêle.

La grêle cause non seulement des dégâts directs mais aussi indirects.

Sur une oliveraie, les dégâts directs peuvent être divers :

  • sur les feuilles : elles peuvent présenter des trous, des déchirures et parfois être totalement déchiquetées voire se désolidariser de la branche et joncher le sol
  • les rameaux peuvent également présenter des impacts avec des lésions nécrotiques, voire se casser.

Selon l’époque, les divers stades d’organes de production peuvent être touchés :

  • les fleurs peuvent être brisées et devenir improductives
  • les olives peuvent présenter des impacts sous formes de ponctuations dépressives brunâtres nécrosées, voire chuter au sol.
La grêle sur olivier
Dégâts de grêle - gros plan sur fruit encore sur l'olivier © Maxime Laurent
La grêle sur olivier
Dégâts de grêle - gros plan sur fruit au sol © Maxime Laurent
La grêle sur olivier
Dégâts post-grêle © Maxime Laurent

De dommages mineurs, l’impact d’un épisode de grêle peut aller jusqu’à la destruction totale de la récolte.

Tous ces dégâts peuvent être accentués par des dégâts indirects. En effet, les surfaces touchées photosynthétiques se couvrent de microlésions qui deviennent des portes d’entrée idéales pour des pathogènes opportunistes. Citons le développement de maladies cryptogamiques ou bactériennes favorisé en conditions humides par les blessures sur le bois (cas de la bactériose Pseudomonas savanastoi), sur le feuillage comme l’œil de paon (Spilocaea oleaginea = Cycloconium oleaginum) et sur le fruit comme l’anthracnose (Colletotrichum gloeosporioides = Gloeosporium olivarum). De plus, en endommageant l’épiderme du fruit, la microflore présente sur la pruine peut déclencher des réactions chimiques responsables de diverses altérations telles qu’une augmentation de l’acidité de l’huile ou la formation de substances indésirables.

 

Que faire après une averse de grêle sur olivier ?

Si l’aléa a lieu en début de saison et si les dégâts sont considérables il est possible d’effectuer une taille pour enlever le bois blessé et favoriser une repousse saine pouvant servir de support de production à la prochaine récolte N+1.

Par ailleurs un traitement avec un fongicide de contact est préconisé pour protéger le végétal contre les potentielles contaminations bactériennes ou de spores de champignons projetées par les éclaboussures de la grêle sur les blessures. L’application de produits à base de cuivre, généralement dans les 24 à 48h après l’épisode de grêle, peut contribuer à minimiser les dommages et désinfecter les blessures. Cependant le meilleur allié de l’oléiculteur reste la météo : un temps chaud et sec post-grêle stoppera le développement des pathogènes.

Si les chutes de grêle sont tardives, il est préconisé d’accompagner la récolte qui reste sur l’arbre jusqu’à la fin, le rendement final n’étant pas figé. En effet, l’olivier a cette capacité de compenser la perte de fruits par une augmentation de calibres sur ceux qui restent, à condition qu’il ait à disposition eau et nutriments pour poursuivre l’évolution des olives.

Dans de grands pays producteurs oléicoles, des engrais foliaires sont préconisés pour aider la plante à surmonter le stress causé par les dégâts et à régénérer tous les tissus endommagés, à base d’acides aminés, azotes, algues, sucres réducteurs et vitamines.

 

Comment se protéger contre un orage de grêle ?

Actuellement en oléiculture les protections utilisées en arboriculture de type filets paragrêle ne sont pas utilisés. Il existe d’autres moyens de type canons anti-grêle ou fusées paragrêle mais qui, outre leur dangerosité, ont une efficacité très aléatoire.

Pour les professionnels, la souscription à des assurances « dommage grêle » représente un moyen de limiter l’incidence économique d’un épisode dévastateur et de préserver la rentabilité de l’exploitation.

 

Pour aller plus loin

Formation de la grêle

Les grêlons, particules de glace de diamètre généralement compris entre 5 et 50 mm, se forment au sein de nuages particuliers et caractéristiques en forme de chou-fleur, les cumulonimbus (photo 2 ci-dessous). Leur base se situe en moyenne à 2 km au-dessus du sol mais leur sommet peut atteindre les 12km de haut. Par des phénomènes de courants verticaux ascendants, en condition chaude et humide, les masses d’air composées de particules en suspension de type poussière, se déplacent en altitude et une fois atteint l’isotherme de 0°C, l’eau présente à l’état gazeux gèle autour des poussières support appelées « noyaux glaçogènes ». Au fur et à mesure qu’ils montent ces particules de glace grossissent dans cette colonne d’air et tombent par gravité une fois les courants ascendants trop faibles par rapport à la taille des grêlons. Si ceux-ci sont trop petits ils arrivent au sol sous forme de pluie mais s’ils sont très gros les dégâts peuvent être conséquents (schéma 1 ci-dessous).

Il semblerait que le changement climatique favorise d’une part la formation de grêlons plus gros mais surtout multiplie la fréquence du phénomène et son intensité.

En règle générale, ce sont durant les période chaudes et humides que ces phénomènes ont lieu donc potentiellement d’avril à octobre.

La prévision des risques de grêle est réalisée à l’aide de radars météorologiques et surtout l’observation dans le secteur des nuages caractéristiques.

La grêle sur olivier
Schéma 1 : nuage convectif avec formation de grêle
La grêle sur olivier
Photo 1 : Cumulonimbus ©anti-grele.fr

Comment reconnaitre un nuage de type Cumulonimbus ?

Il est facilement reconnaissable par :

  • sa forme (forme d’enclume)
  • son épaisseur (au moins 5000 mètres)
  • l’activité électrique (présence de nombreux éclairs)
  • le niveau de précipitation (pluies généralement fortes)
  • la couleur du ciel : le front nuageux d’un orage de grêle prend une teinte légèrement « verte »
La grêle sur olivier
Schéma 2 : les différents types de nuage (©Jformech)

Mieux comprendre la réaction physiologique du végétal face à un stress abiotique comme un épisode de grêle

Les effets de la grêle sur vigne

Les études réalisées sur vigne montrent la réponse du végétal variable selon les cépages : avec la perte de surface foliaire, aucun effet sur la croissance végétative n’a été observé et ni sur le taux de photosynthèse nette des feuilles endommagées. Certes, il semblerait que la cicatrisation des plaies ait entrainé une subérification des tissus endommagés et par conséquent un détournement des sucres photosynthétiques. Mais sur des végétaux fortement endommagés la pousse végétative est stimulée et permet de renouveler le feuillage composé dès lors de jeunes feuilles capables de fixer plus de carbone que les vieilles et permettant in fine une meilleure accumulation de sucres dans les fruits. Ainsi le rendement n’est affecté que par la perte des fruits mais ceux restant n’apparaissent pas altérés a posteriori, bien au contraire. Par contre, il est reconnu que les contraintes abiotiques exercent un effet sur les métabolites secondaires tels que les antocyanes et les composés phénoliques qui apparaissent en bien moindre quantité dans les fruits. L’impact de la grêle semble donc inhiber leur biosynthèse et/ou favorise leur dégradation. Sur vigne, il semblerait que malgré un le stress subi, les mécanismes physiologiques et végétatifs mis en place permettent d'atteindre un indice de maturité acceptable sans compromettre les réserves foliaires ni la fertilité des bourgeons pour la saison suivante.

Petoumenou, DG; Biniari, K.; Xyrafis, E.; Mavronasios, D.; Daskalakis, I.; Palliotti, A. Effets de la grêle naturelle sur la croissance, les caractéristiques physiologiques, le rendement et la qualité de Vitis vinifera L. cv. Thompson Seedless en conditions de culture méditerranéennes. Agronomy 2019 , 9 , 197. https://doi.org/10.3390/agronomy9040197

Simeonv I, Belberova Y, Yoncheva T, Response_and_Ability_of_the_Vines_of_Cultivar_Storgozia_to_Recover_after_Hail_Damage. Agrobiodivers Improv Nutr Health Life Qual, 5, 2021(2): 322–329. https://doi.org/10.15414/ainhlq.2021.0031

 

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